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Urbanisme et habitat : le Niger engage une profonde refondation de sa politique foncière et urbaine

Abdoul Kadri Amadou Daouda Grand entretien
Longtemps confronté à une urbanisation rapide, à la spéculation foncière et à un déficit chronique en logements, le Niger a engagé une nouvelle phase de transformation de son territoire. Sous l'impulsion du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, dirigé par le colonel-major Abdoul Kadri Amadou Daouda, plusieurs réformes structurelles ont été lancées afin de réorganiser la gestion du foncier, renforcer la planification urbaine et améliorer l’accès des populations à un habitat décent.

Cette dynamique s’inscrit dans une volonté plus large des autorités de reprendre le contrôle d’un secteur devenu stratégique pour le développement économique, social et territorial du pays. Au cœur de cette démarche figure un constat partagé : l’expansion des villes nigériennes s’est souvent opérée sans outils de planification adaptés, favorisant les occupations irrégulières, les conflits fonciers et l’apparition de quartiers insuffisamment équipés.

Pour répondre à ces défis, le ministère a fait de la planification urbaine l’un des principaux axes de son action. L’actualisation des Plans Urbains de Référence dans plusieurs localités du pays ainsi que la relance des Schémas Directeurs d’Aménagement et d’Urbanisme marquent ainsi un tournant important. Ces instruments, parfois abandonnés depuis plusieurs décennies, doivent permettre d’orienter le développement futur des villes, d’anticiper les besoins en infrastructures et d’éviter les dérives observées dans certaines zones urbaines.

Au-delà de Niamey, plusieurs villes stratégiques comme Zinder, Diffa, Tilabéri, Magaria, Gaya ou encore Birni N’Gaouré sont désormais concernées par cette nouvelle approche. L’objectif est de doter les collectivités d’outils modernes capables d’encadrer leur croissance démographique et spatiale tout en garantissant une meilleure organisation des espaces urbains.

Parallèlement à cet effort de planification, le gouvernement a intensifié sa politique de promotion du logement social. En l’espace d’un peu plus d’une année, près d’un millier de logements ont été réalisés, achevés ou livrés à travers différents programmes. Les réalisations concernent aussi bien les travailleurs nigériens que les Forces de défense et de sécurité, avec notamment la remise de centaines de logements à la Garde nationale dans le cadre d’un vaste programme immobilier.

La Cité Diaspora, devenue l’un des principaux pôles de développement résidentiel de la capitale, concentre une partie importante de ces investissements. Plusieurs programmes y sont en cours, associant l’État, la Banque de l’Habitat du Niger et différents partenaires publics et privés. Les autorités misent également sur l’expérimentation de matériaux locaux, notamment les briques de terre stabilisée, afin de réduire les coûts de construction tout en valorisant les ressources nationales.

Cette politique du logement s’accompagne d’une vaste opération de mobilisation foncière à travers le pays. Des milliers de parcelles ont ainsi été aménagées ou identifiées dans plusieurs régions afin de constituer des réserves destinées aux futurs programmes d’habitat, aux équipements publics et aux infrastructures collectives. Cette démarche vise à éviter les pénuries de terrains qui freinent souvent les projets de développement urbain.

L’une des innovations majeures annoncées par le ministère reste toutefois le projet « I-Cadastre », destiné à numériser progressivement l’ensemble des données foncières nationales. Cette réforme a pour objectif  de créer une base de données unique permettant d’identifier clairement chaque parcelle et son propriétaire. Pour les autorités, la digitalisation du cadastre constitue une réponse durable aux litiges fonciers, aux doubles attributions et aux nombreuses irrégularités qui affectent le secteur depuis plusieurs années.

La sécurisation du patrimoine foncier public apparaît également comme une priorité. Dans ce cadre, le ministère affirme avoir récupéré plus d’une centaine d’hectares de terrains appartenant à l’État dans la seule ville de Niamey. Ces espaces, parfois occupés ou attribués de manière irrégulière, ont été réintégrés dans le domaine public afin de préserver les réserves destinées aux futurs projets structurants. Des panneaux de signalisation ont par ailleurs été installés pour matérialiser la présence de l’État et prévenir de nouvelles occupations illicites.

Autre chantier important : la régulation du marché locatif. Après plusieurs années de hausse continue des loyers, le gouvernement a engagé une réforme visant à encadrer les tarifs des logements et à mieux protéger les ménages. La mise en place d’un cadre réglementaire national devrait permettre de concilier les intérêts des propriétaires et ceux des locataires tout en améliorant la transparence du secteur.

Au-delà des mesures immédiates, le ministère défend une vision de long terme reposant sur une transformation progressive du modèle urbain nigérien. Face à l’étalement rapide des villes et à la raréfaction des réserves foncières, les autorités réfléchissent désormais à l’introduction de nouvelles formes d’habitat intégrant davantage de constructions en hauteur et de copropriétés. Cette orientation, encore émergente au Niger, vise à optimiser l’utilisation de l’espace urbain et à limiter les coûts liés à l’extension continue des réseaux et infrastructures.

À travers l’ensemble de ces réformes, le gouvernement entend jeter les bases d’une gouvernance foncière plus moderne, plus transparente et davantage tournée vers les besoins des générations futures. Entre sécurisation du foncier, développement du logement social, modernisation du cadastre et retour de la planification urbaine, le secteur de l’urbanisme apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux leviers de la stratégie de refondation engagée par les autorités nigériennes.

Pour approfondir les enjeux liés au foncier, à l’urbanisation et au logement au Niger, découvrez ci-dessous l’intégralité du Grand Entretien accordé par le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, le colonel-major Abdoul Kadri Amadou Daouda.
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)