Rupture avec la France, AES et sécurité alimentaire : le Niger assume une nouvelle vision géopolitique
Le Niger assume désormais ouvertement une nouvelle orientation géopolitique fondée sur la souveraineté, la sécurité et la rupture avec certains anciens schémas de dépendance. Dans un entretien accordé à la RTN, le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a détaillé les fondements de cette doctrine que les autorités présentent comme une redéfinition profonde de la politique étrangère du pays.
Pour le chef de la diplomatie nigérienne, la souveraineté constitue désormais le principal axe de l’action internationale du Niger. Il la définit comme le contrôle total du territoire national, la maîtrise des ressources naturelles, l’indépendance des choix politiques ainsi que la liberté de décision sur la scène internationale. Selon lui, les autorités actuelles estiment que le Niger ne disposait pas auparavant d’une véritable autonomie diplomatique. Le ministre évoque même certaines pratiques passées durant lesquelles des décisions stratégiques auraient été fortement influencées depuis l’extérieur.
Bakary Yaou Sangaré adopte également un ton particulièrement ferme vis-à-vis de la France, accusée de poursuivre des actions hostiles contre le Niger malgré la rupture politique intervenue après le 26 juillet 2023. Il affirme qu’aucune négociation politique n’est envisageable « dans l’état actuel des choses », estimant que Paris ne reconnaît toujours pas pleinement les nouvelles autorités nigériennes. Le ministre accuse également certains pays voisins d’avoir servi de relais à des stratégies de déstabilisation contre le Niger après le changement de régime.
Les relations avec le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Nigeria restent ainsi marquées par les conséquences de la crise post-26 juillet. Le ministre reproche à certains États leur soutien aux sanctions de la CEDEAO, leur implication dans les dispositifs d’embargo ainsi que leur tolérance envers certains opposants accusés de mener des activités subversives depuis l’étranger. Malgré ces tensions, Niamey affirme rester ouvert à une normalisation des relations, à condition d’obtenir des « gages de bonne foi ».
Dans cette nouvelle architecture régionale, l’Alliance des États du Sahel occupe une place centrale. Selon le ministre, l’AES dispose désormais d’une coordination diplomatique intégrée, d’une force unifiée, d’un état-major conjoint basé à Niamey, d’une carte biométrique commune ainsi que de projets de banque d’investissement et de médias confédéraux. Le Niger considère aujourd’hui l’AES comme un instrument de protection face aux pressions extérieures et comme un outil de souveraineté collective.
L’entretien met également en avant une nouvelle vision économique fondée sur l’indépendance alimentaire comme condition de la souveraineté nationale. Le ministre critique les anciennes politiques d’aide alimentaire et affirme que le Niger ne veut plus dépendre des importations pour nourrir sa population. Il cite plusieurs projets structurants dans les domaines de la grande irrigation, de l’industrialisation, de la transformation locale des matières premières, des raffineries et des complexes pétrochimiques. Pour les autorités nigériennes, la sécurité alimentaire est désormais perçue comme une question stratégique aussi importante que la sécurité militaire.
Enfin, Bakary Yaou Sangaré revendique une diplomatie fondée sur la réciprocité et le principe du « donnant-donnant ». Le Niger affirme désormais vouloir appliquer cette logique dans l’ensemble de ses relations internationales, qu’il s’agisse de l’accès diplomatique, du traitement des ambassadeurs, de la coopération sécuritaire ou encore des négociations économiques. Pour Niamey, cette approche doit permettre au Niger d’être traité avec davantage de respect sur la scène internationale.
Boubé G. (Nigerdiaspora)

