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Niger : un grand forum de la diaspora pour renforcer souveraineté, investissements et transfert de compétences

Yaou Sangare Niger
Longtemps perçue comme une force insuffisamment exploitée dans les politiques publiques, la diaspora nigérienne s’impose désormais comme un axe central de la stratégie diplomatique et économique du Niger. Dans un entretien accordé à la RTN, le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a dévoilé la nouvelle vision des autorités pour les Nigériens établis à l’étranger, désormais considérés comme une véritable « neuvième région » du pays.

Selon le chef de la diplomatie nigérienne, cette diaspora doit jouer un rôle clé dans le développement économique, technologique et stratégique du Niger. Il rappelle que le président du CNSP avait très tôt identifié le potentiel largement sous-exploité des Nigériens de l’extérieur dans la lettre de mission adressée au ministère des Affaires étrangères.

Dans cette perspective, les autorités ont engagé une réforme du Haut Conseil des Nigériens de l’Extérieur (HCNE), dont les structures étaient jugées peu dynamiques. Cette refonte vise à donner une place plus importante à la diaspora dans la gouvernance nationale ainsi que dans les grands projets de refondation du pays.

Le gouvernement prépare également un important forum économique de la diaspora consacré à l’investissement et au développement. D’après le ministre, le financement de cette rencontre est déjà sécurisé et les préparatifs sont bien avancés. Organisé en coordination avec plusieurs départements ministériels, ce forum doit permettre de présenter les opportunités d’investissement au Niger, de renforcer les liens économiques avec les Nigériens de l’extérieur, de renouveler les organes centraux du HCNE et de poser les bases d’une nouvelle politique nationale de mobilisation des compétences.

Dans la même dynamique, le ministère prévoit la création d’un portail numérique destiné à recenser les compétences nigériennes à travers le monde. L’objectif est d’identifier les experts évoluant dans des secteurs stratégiques tels que le pétrole, les mines, l’ingénierie, la finance ou encore les technologies. Pour les autorités, cette démarche doit permettre au Niger de mieux valoriser sa matière grise et de réduire sa dépendance aux expertises étrangères.

Le ministre reconnaît toutefois plusieurs obstacles qui freinent encore les investissements de la diaspora, notamment le manque d’accompagnement, les problèmes de confiance, les détournements de fonds par certains intermédiaires ainsi que l’insuffisance des mécanismes bancaires adaptés. Il estime néanmoins que les Nigériens de l’extérieur ne doivent pas bénéficier d’un traitement particulier par rapport aux citoyens vivant au pays, rappelant que « tous les Nigériens sont égaux devant la loi », tout en promettant des garanties administratives pour sécuriser les investissements.

La question des documents administratifs a également été abordée. Bakary Yaou Sangaré a critiqué le fait que certains Nigériens disposant d’une double nationalité voyagent exclusivement avec des passeports étrangers, y voyant une forme d’abandon des documents nationaux. Il a insisté sur l’importance pour les Nigériens établis à l’étranger de maintenir leurs passeports nigériens à jour afin de faciliter leurs relations avec l’administration.

Au-delà des transferts financiers, les autorités nigériennes veulent désormais faire de la diaspora un véritable acteur de souveraineté, de transfert de compétences et de développement industriel. Pour Niamey, les Nigériens de l’extérieur ne doivent plus être considérés uniquement comme une source de devises, mais comme des partenaires stratégiques de la refondation nationale.
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)