Niger, Mali, Burkina : l’AES fait entendre sa voix au 11e sommet de l’OEACP à Malabo
Réuni du 27 au 29 mars 2026 à Malabo, le 11e sommet de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique s’inscrit dans une phase de redéfinition politique pour un espace longtemps présenté comme une plateforme de dialogue Sud-Sud, mais aujourd’hui confronté à la nécessité de se repositionner dans un environnement international plus fragmenté. Dans ce contexte, la participation du Niger, du Mali et du Burkina Faso, réunis sous la bannière de la Confédération des États du Sahel, donne à ce rendez-vous une portée particulière.
Le Niger y est représenté par le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur, Bakary Yaou Sangaré. Sa présence, aux côtés des délégations malienne et burkinabè, traduit une volonté claire : inscrire la parole sahélienne dans les débats sur l’avenir de la coopération internationale, alors que les pays de l’AES cherchent à consolider une lecture commune des enjeux de sécurité, de souveraineté et de développement.
En marge du sommet, les trois pays ont exposé leur vision commune au secrétaire général de l’OEACP, Moussa Saleh Batraki. Cette démarche n’a rien d’anecdotique. Elle montre que le Sahel ne veut plus être seulement évoqué comme un espace de crise, mais aussi comme un bloc politique capable de formuler ses propres priorités et de défendre une approche articulée autour de la sécurité collective, du développement intégré et de partenariats extérieurs jugés plus sincères et plus équilibrés.
Cette séquence diplomatique intervient à un moment où l’OEACP cherche précisément à redynamiser son action. Pour l’organisation, l’enjeu est de retrouver une cohérence stratégique et une capacité d’initiative dans un monde où les cadres classiques de coopération sont soumis à de fortes recompositions. Pour les pays sahéliens, l’enjeu est différent mais complémentaire : utiliser les tribunes multilatérales pour faire reconnaître leurs choix, leurs attentes et leur vision d’une coopération moins asymétrique.
Le fait que les échanges avec la Confédération des États du Sahel aient été salués par l’OEACP ouvre une perspective politique intéressante. Il suggère que le dialogue entre l’organisation et le bloc sahélien peut dépasser le simple contact protocolaire pour évoluer vers des formes de coopération plus concrètes. Dans cette dynamique, le Niger, le Mali et le Burkina Faso apparaissent déterminés à transformer leur présence diplomatique en levier d’influence.
À Malabo, il ne s’agissait donc pas seulement de participer à un sommet de plus. Pour les pays de l’AES, cette présence collective vaut aussi comme un message : celui d’un Sahel qui entend peser davantage dans les enceintes internationales, défendre ses intérêts avec plus de cohérence et rechercher des partenariats conformes à ses priorités propres. Dans une période de recomposition des alliances et des cadres de coopération, cette affirmation progressive d’une voix sahélienne autonome constitue l’un des enseignements majeurs de ce 11e sommet de l’OEACP.
Boubé G. (Nigerdiaspora)