Niger : disparition de Bambalati, une mémoire vivante de la culture songhaï s’éteint à Karma
La communauté songhaï du Niger est en deuil. Garba, connu sous le nom de Bambalati, est décédé le dimanche 29 mars 2026 à Karma, son village natal, à l’âge estimé de 106 ans. Avec sa disparition, c’est une mémoire vivante de la culture traditionnelle qui s’éteint, laissant un vide ressenti bien au-delà du canton de Karma et de Namaro, jusqu’aux rives du fleuve Niger, de Gaya au Mali.
Un gardien du patrimoine culturel songhaï
Durant plusieurs décennies, Bambalati s’est imposé comme une référence incontournable de la culture songhaï, fondée sur la transmission orale, les savoirs ancestraux et les pratiques rituelles. Détenteur d’un savoir reconnu, il occupait une place centrale dans les cérémonies traditionnelles, où sa consultation était souvent indispensable.
Héritier d’une longue tradition historique, il s’inscrivait dans la continuité des grandes figures de l’histoire songhaï, notamment celle de Sonni Ali Ber, incarnant ainsi un lien vivant entre passé et présent.
Une figure de référence au rayonnement élargi
Au-delà de son ancrage local, Bambalati jouissait d’une reconnaissance qui dépassait largement les frontières de son terroir. Sa notoriété s’étendait au Niger, mais aussi au Mali, au Burkina Faso et au sein des communautés de la diaspora.
Pour Amirou Abdoulaye Nouhou, chef de canton de Karma, il ne s’agissait pas d’une simple référence locale, mais d’« une figure de dimension nationale et internationale », au regard de l’étendue de ses connaissances et de son rôle dans la sauvegarde des traditions.
Dans le même sens, Moumouni Halidou, chef du village de Koutoukallé, souligne que Bambalati occupait une place centrale dans les pratiques culturelles, intervenant comme un guide et un repère lors des grandes cérémonies et des moments clés de la vie communautaire.
Une longévité exceptionnelle au service de la tradition
Âgé de plus d’un siècle, Bambalati a consacré plus de cinquante années à la préservation et à la transmission des savoirs traditionnels. Jusqu’à ses derniers instants, il est resté actif, participant aux événements et se déplaçant sans assistance, témoignage d’une vitalité remarquable.
Son parcours incarne celui d’un homme profondément attaché à sa culture, qu’il a défendue et valorisée tout au long de sa vie.
Une fin de vie empreinte de sagesse
Affaibli ces derniers temps, le patriarche semblait conscient de l’approche de la fin. Selon le chef de canton de Karma, il aurait exprimé, à travers des paroles empreintes de sens, son acceptation du destin, refusant toute hospitalisation et attendant sereinement son heure.
Il a été inhumé le même jour, après la prière du Maghreb, dans son village natal.
Une succession assurée dans le respect des traditions
Conscient de l’importance de son rôle, Bambalati a pris soin de préparer sa succession. Avant sa disparition, il a transmis ses connaissances à ses héritiers, notamment à son fils, considéré comme son héritier spirituel, ainsi qu’à d’autres membres de sa lignée.
Dans la culture songhaï, la transmission du savoir repose sur des principes d’ancienneté, de légitimité et de reconnaissance sociale. Plusieurs héritiers, formés de son vivant, sont aujourd’hui en mesure d’assurer la continuité de cet héritage.
Une perte majeure pour le patrimoine immatériel
Après plus d’un demi-siècle d’engagement au service des traditions, la disparition de Bambalati constitue une perte considérable pour le patrimoine immatériel. Elle rappelle les propos de Amadou Hampâté Bâ, pour qui la disparition d’un ancien équivaut à « une bibliothèque qui brûle ».
Au Niger comme dans l’ensemble de l’espace sahélien, cette disparition met en lumière l’urgence de préserver et de transmettre les savoirs traditionnels, souvent fragilisés par les mutations contemporaines.
Un héritage à perpétuer
Bambalati laisse derrière lui un héritage riche, fait de connaissances, de pratiques et de valeurs. Si sa disparition marque la fin d’une époque, elle appelle également à une prise de conscience collective : celle de préserver et valoriser durablement la culture songhaï.
Boubé G. (Nigerdiaspora)