Accéder au contenu principal

Élevage, viande et lait : le Niger veut transformer son immense potentiel pastoral

Avec plus de 62 millions de têtes de bétail toutes espèces confondues, le Niger dispose de l’un des plus importants cheptels de la sous-région. Pourtant, malgré ce potentiel considérable, le pays continue d’importer massivement des produits laitiers et exporte encore une grande partie de son bétail sur pied sans réelle transformation locale.

Pour les autorités nigériennes, cette situation représente désormais un manque à gagner économique majeur. Invité du “Grand Entretien” de la RTN, le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, le Colonel Elhadji Mahaman Ousmane, a détaillé les grandes orientations retenues pour restructurer durablement la filière pastorale.

Le gouvernement entend d’abord agir sur deux leviers jugés essentiels : l’alimentation animale et l’amélioration génétique du cheptel. Le ministre rappelle que le Programme Grande Irrigation prévoit également des superficies destinées à la production fourragère afin de soutenir l’élevage.

Parallèlement, les autorités ont lancé un Centre national d’amélioration génétique destiné à renforcer les performances des races locales, notamment en matière de production laitière et de rendement en viande.

Le ministre estime que certaines races nigériennes disposent déjà d’un potentiel important encore sous-exploité. Il cite notamment la vache Kouri et la race Azawak, capables selon lui d’offrir des performances laitières bien supérieures lorsqu’elles bénéficient de meilleures conditions d’alimentation et de suivi sanitaire.

L’objectif est désormais de réduire progressivement les importations de lait, qui représenteraient plusieurs dizaines de milliards de francs CFA par an. Les autorités souhaitent également soutenir l’installation de mini-laiteries et d’unités de transformation locales.

Mais la réforme la plus stratégique concerne probablement la filière viande. Le gouvernement veut mettre fin progressivement à l’exportation massive du bétail sur pied vers les pays voisins, un système qui prive selon lui l’économie nigérienne d’une grande partie de la valeur ajoutée.

Pour y parvenir, plusieurs projets d’abattoirs modernes sont annoncés. Le ministre affirme notamment que l’abattoir frigorifique de Maradi devrait être finalisé afin de permettre l’exportation de viande transformée plutôt que d’animaux vivants.

Les autorités défendent ainsi une nouvelle logique économique : transformer localement les produits d’élevage afin que les bénéfices reviennent davantage aux producteurs et à l’économie nationale.

Le ministre reconnaît cependant que la filière reste confrontée à plusieurs défis, notamment l’insécurité dans certaines zones pastorales. Les groupes armés ciblent de plus en plus les troupeaux et les infrastructures rurales afin d’affaiblir les populations.

Malgré ces difficultés, les autorités affichent leur volonté de poursuivre les investissements dans le secteur pastoral, considéré comme l’un des piliers de la souveraineté économique du Niger.

Pour le gouvernement, l’élevage nigérien ne doit plus seulement être perçu comme une activité traditionnelle, mais comme un véritable moteur industriel capable de soutenir la transformation économique du pays.
Boubé G. (Nigerdiaspora)