Le Nigérien de la semaine : Maître Bachirou AMADOU ADAMOU

Avocat, enseignant-chercheur et auteur de plusieurs ouvrages de référence, Maître Bachirou AMADOU ADAMOU s'impose comme l'une des voix les plus écoutées de la doctrine juridique nigérienne. À travers ses travaux consacrés au droit constitutionnel, aux institutions et à la gouvernance, il contribue à enrichir la réflexion juridique nationale et à rendre le droit plus accessible. À l'occasion de la parution de son nouvel ouvrage, La Charte de la Refondation du Niger : Analyses et commentaires, Nigerdiaspora est allé à la rencontre d'un intellectuel dont le parcours illustre l'alliance de la rigueur scientifique, de la transmission du savoir et de l'engagement au service du Niger.
Vous êtes à la fois avocat, enseignant-chercheur et écrivain. Comment ces trois dimensions se complètent-elles dans votre parcours ?
Ces trois dimensions ne sont pas juxtaposées : elles procèdent d'une seule et même vocation, celle de comprendre le droit, de le transmettre et de le mettre au service de la société.
En tant qu'avocat, je suis quotidiennement confronté aux réalités humaines et aux difficultés concrètes que rencontrent les justiciables. Cette pratique nourrit ma réflexion et m'oblige à rechercher des solutions à la fois rigoureuses et pragmatiques.
L'enseignement et la recherche m'offrent, en retour, le recul nécessaire sur cette pratique. Enseigner, c'est transmettre ; chercher, c'est interroger l'évolution du droit, en questionner les fondements et nourrir le débat doctrinal. C'est aussi former une génération de juristes animée par l'exigence éthique et le goût de l'excellence.
L'écriture, enfin, est le prolongement naturel de ces deux engagements. Elle me permet de partager des idées, de rendre le droit plus accessible, de témoigner de certaines réalités sociales et de susciter la réflexion collective. Écrire, c'est aussi laisser une trace et participer à la construction d'une culture juridique et citoyenne.
Ces trois engagements convergent, en définitive, vers un même objectif : mettre le savoir juridique au service de la justice, de la transmission des connaissances et du développement de notre société.
À quel moment avez-vous ressenti le besoin de passer de la plaidoirie et de l'enseignement à l'écriture d'ouvrages de référence sur le droit et les institutions nigériennes ?
Je n'ai jamais vécu cela comme un passage de la plaidoirie et de l'enseignement vers l'écriture, mais comme une évolution naturelle : ces trois activités se nourrissent mutuellement et se sont progressivement rejointes.
Au fil des années, j'ai constaté qu'il existait un réel besoin de documentation juridique adaptée aux réalités nigériennes. Étudiants, praticiens, magistrats et citoyens recherchent des ouvrages qui expliquent notre droit et nos institutions avec clarté, rigueur et des références actualisées. Cette prise de conscience m'a convaincu qu'il était de ma responsabilité, en tant qu'universitaire et praticien, d'apporter ma contribution à la doctrine juridique nationale.
Mon expérience d'avocat m'a permis d'identifier les difficultés concrètes que pose l'application des textes ; l'enseignement m'a montré les attentes des étudiants et la nécessité de disposer de supports pédagogiques de qualité. L'écriture s'est ainsi imposée comme le prolongement logique de ces deux missions.
À travers mes ouvrages, mon ambition est de consolider la culture juridique au Niger, de mettre à la disposition des professionnels et des universitaires des outils fiables, et de rendre le droit plus accessible. Je suis convaincu qu'un État de droit se renforce aussi par la production d'une doctrine nationale solide, capable d'accompagner les évolutions de notre système juridique et de nourrir le débat public.
Vous êtes aujourd'hui l'auteur de plusieurs ouvrages. Pouvez-vous nous les présenter et nous expliquer ce qui a motivé l'écriture de chacun d'eux ?
Mon parcours d'auteur s'est construit progressivement, au fil de mes réflexions, de mes recherches et de mon expérience de praticien du droit. Chaque ouvrage correspond à une étape de mon cheminement intellectuel et répond à une préoccupation particulière.
Mon premier livre, un essai politique intitulé Niger : Examen de conscience, a été publié aux Éditions Adrien Poussou. J'y ai voulu dresser, sans complaisance mais avec objectivité, l'autopsie de la vie politique nigérienne : les choix politiques, les crises institutionnelles, les insuffisances de gouvernance, mais aussi les espoirs et les défis auxquels notre pays est confronté. Il s'agissait avant tout d'inviter à une réflexion collective sur notre trajectoire nationale et sur les conditions d'un renouveau politique.
J'ai ensuite publié, chez L'Harmattan, Le constitutionnalisme à l'épreuve de l'intégration dans l'espace CEDEAO : Contribution à l'étude de la protection des droits fondamentaux depuis l'ouverture démocratique au Niger. Issu de mes travaux de recherche doctorale, cet ouvrage relève d'une démarche scientifique : j'y étudie les interactions entre le droit constitutionnel nigérien et le droit communautaire de la CEDEAO, en mettant l'accent sur la protection des droits fondamentaux. Mon objectif était de montrer comment l'intégration régionale contribue à renforcer l'État de droit et les garanties offertes aux citoyens.
En mars 2026 est paru mon troisième ouvrage, La Constitution nigérienne du 25 novembre 2010 : Analysée et commentée article par article, publié aux Éditions Les Lys Bleus et présenté officiellement le 24 avril 2026 au Niger. Ce livre répond à un besoin pratique et pédagogique : proposer un commentaire accessible, rigoureux et exhaustif de chaque disposition de la Constitution de 2010, afin d'offrir aux étudiants, aux magistrats, aux avocats, aux enseignants et à l'ensemble des acteurs institutionnels un véritable outil de référence.
Mon dernier ouvrage, intitulé La Charte de la Refondation du Niger : Analyses et commentaires — Fondements juridiques, politiques et institutionnels, paraîtra officiellement le 22 juillet 2026 et fera l'objet d'une présentation publique en août prochain. J'y propose une analyse juridique dépassionnée de ce texte fondateur de la période de transition : l'objectif n'est ni de défendre ni de critiquer la Charte, mais d'en expliquer les fondements, la portée, les innovations et les implications pour l'organisation des pouvoirs publics, les institutions de la République et l'avenir constitutionnel du Niger.
Au-delà de ces ouvrages — sans compter les publications collectives auxquelles j'ai eu l'honneur de contribuer —, une même ambition guide mon travail d'auteur : produire une doctrine juridique enracinée dans les réalités nigériennes, contribuer au débat intellectuel et mettre à la disposition des praticiens, des universitaires, des étudiants et des décideurs des outils d'analyse fiables, accessibles et utiles. Je suis convaincu que la qualité du débat public et la consolidation de l'État de droit passent aussi par la production d'une littérature juridique nationale exigeante.

En regardant l'ensemble de vos publications, quel est le fil conducteur qui relie vos différents livres ?
Le fil conducteur de mes ouvrages tient, sans doute, à la volonté de comprendre le Niger, ses institutions et les mécanismes qui conditionnent la consolidation de l'État de droit. Qu'il s'agisse d'analyse politique, de droit constitutionnel ou d'étude des textes fondamentaux, mes travaux répondent à une même préoccupation : contribuer à une meilleure compréhension de notre organisation politique et juridique, afin de favoriser un débat public éclairé.
Dans Niger : Examen de conscience, j'ai porté un regard critique sur notre trajectoire politique, nos crises récurrentes et les défis auxquels notre pays est confronté. Avec Le constitutionnalisme à l'épreuve de l'intégration dans l'espace CEDEAO, j'ai étudié comment les mécanismes régionaux peuvent renforcer la protection des droits fondamentaux et consolider l'État de droit. Mes ouvrages consacrés à la Constitution du 25 novembre 2010 et à la Charte de la Refondation du Niger procèdent de la même démarche : expliquer, analyser et rendre accessibles les textes qui structurent nos institutions.
Ces livres traduisent une conviction profonde : le droit n'est pas une discipline abstraite réservée aux spécialistes. Il est un instrument d'organisation de la société, de protection des libertés et de régulation du pouvoir. Comprendre le droit et les institutions, c'est aussi mieux comprendre notre histoire, nos crises et les voies possibles de notre avenir collectif.
C'est pourquoi mon ambition, à travers chacune de ces publications, est de participer à la construction d'une doctrine juridique et institutionnelle nigérienne forte, enracinée dans nos réalités mais ouverte aux exigences universelles de l'État de droit, de la démocratie et de la protection des droits fondamentaux.
Votre dernier livre est consacré à la Charte de la Refondation du Niger. Pourquoi était-il important, selon vous, de proposer une analyse juridique et institutionnelle de ce texte ?
La Charte de la Refondation du Niger constitue aujourd'hui le texte fondamental qui organise les pouvoirs publics pendant la période de transition. À ce titre, elle occupe une place centrale dans notre ordre juridique et institutionnel. Or, malgré son importance, les analyses doctrinales approfondies permettant d'en comprendre les fondements, la portée et les implications demeuraient rares. C'est ce constat qui a motivé la rédaction de cet ouvrage.
Mon ambition n'était pas de porter un jugement politique sur la Charte, ni de prendre parti dans les débats qu'elle suscite. En tant qu'universitaire et juriste, mon rôle est avant tout d'expliquer le droit, d'en éclairer les mécanismes et d'en faciliter la compréhension. J'ai donc privilégié une approche scientifique, fondée sur l'analyse juridique, la comparaison avec les expériences constitutionnelles antérieures et la mise en perspective des principes qui gouvernent les transitions politiques.
Cet ouvrage examine la Charte dans toutes ses dimensions : ses fondements juridiques, son architecture institutionnelle, la répartition des pouvoirs, le régime des droits et libertés, les mécanismes de gouvernance, ainsi que les perspectives qu'elle ouvre pour l'avenir constitutionnel du Niger. Mon objectif est d'offrir aux étudiants, aux chercheurs, aux magistrats, aux avocats, aux décideurs publics et, plus largement, à tous les citoyens intéressés, un outil de référence leur permettant d'en saisir toute la complexité.
Je suis convaincu que les textes fondamentaux ne doivent pas seulement être lus ; ils doivent être étudiés, expliqués et débattus. Une doctrine juridique indépendante et rigoureuse est indispensable à la consolidation de l'État de droit, car elle permet d'éclairer le débat public par l'analyse plutôt que par la passion.
J'espère ainsi que La Charte de la Refondation du Niger : Analyses et commentaires — Fondements juridiques, politiques et institutionnels, dont la parution est prévue le 22 juillet 2026, contribuera à enrichir la doctrine juridique nigérienne et deviendra une référence pour tous ceux qui s'intéressent à l'évolution de nos institutions.
Parmi tous vos ouvrages, lequel vous a demandé le plus de travail ou représente le mieux votre pensée, et pourquoi ?
Il est toujours difficile de choisir un ouvrage parmi ceux que l'on a écrits, car chacun correspond à une étape de son parcours intellectuel. Mais si je devais en retenir un, ce serait sans hésiter La Constitution nigérienne du 25 novembre 2010 : Analysée et commentée article par article.
C'est incontestablement l'ouvrage qui m'a demandé le plus d'efforts : sa rédaction et sa maturation ont nécessité quatre années et trois mois de travail. Il a fallu analyser chaque disposition de la Constitution, la replacer dans son contexte historique, la confronter à la jurisprudence, à la doctrine et au droit comparé, tout en veillant à produire un commentaire accessible aussi bien aux universitaires qu'aux praticiens du droit.
Le paradoxe est que sa publication est intervenue à un moment où la Constitution du 25 novembre 2010 n'était plus en vigueur, ayant été suspendue à la suite des événements politiques qu'a connus le Niger. Certains auraient pu penser que cet ouvrage arrivait trop tard ; je crois exactement le contraire.
Une Constitution ne se réduit pas à sa seule application dans le temps. Elle constitue aussi un patrimoine juridique, institutionnel et doctrinal. La Constitution du 25 novembre 2010 demeure un jalon majeur de l'histoire constitutionnelle du Niger : elle continue d'alimenter la réflexion sur le constitutionnalisme nigérien, d'éclairer les débats institutionnels et d'irriguer, pour reprendre une image qui m'est chère, de sa sève les principes d'organisation de l'État et la culture juridique nationale.
Cet ouvrage représente sans doute le mieux ma manière de concevoir le travail du juriste. Je ne me contente pas de commenter un texte ; je cherche à en restituer l'esprit, à expliquer sa logique, à mettre en lumière ses enjeux et à en conserver la mémoire juridique. Les textes fondamentaux évoluent, parfois disparaissent, mais les idées, les principes et les enseignements qu'ils portent continuent d'inspirer les générations futures.
Ce livre traduit, en définitive, ma conviction que le rôle de la doctrine est d'accompagner l'histoire institutionnelle d'un pays, non seulement en analysant le droit positif, mais aussi en préservant la mémoire constitutionnelle de la Nation. C'est cette mémoire qui permet de comprendre le présent et de mieux construire l'avenir.
Comment un juriste parvient-il à analyser des sujets aussi sensibles que les réformes institutionnelles tout en conservant la rigueur scientifique indispensable à son métier ?
C'est précisément dans les périodes où les questions institutionnelles sont les plus sensibles que la rigueur scientifique devient la plus indispensable. Le rôle du juriste n'est ni de militer ni de prendre parti, mais d'éclairer le débat public par une analyse objective, fondée sur le droit, les faits et la méthode.
Pour y parvenir, je m'impose une discipline intellectuelle stricte : je distingue toujours mes convictions personnelles de mon travail scientifique. Lorsqu'un juriste analyse une réforme institutionnelle, la question n'est pas de savoir si elle lui plaît, mais si elle est juridiquement fondée, quels en sont les objectifs, quels mécanismes elle met en place, quelles en sont les conséquences et comment elle s'inscrit dans l'évolution du droit constitutionnel et des institutions.
La méthode scientifique exige également de replacer chaque réforme dans son contexte historique, politique et juridique, de confronter les textes aux principes du droit, à la jurisprudence, à la doctrine et, lorsque cela est pertinent, aux expériences étrangères. Cette démarche permet d'éviter les analyses dictées par l'émotion ou l'actualité immédiate.
Je suis profondément attaché à l'idée que le juriste doit être un analyste avant d'être un commentateur : expliquer avant de juger, démontrer avant d'affirmer, convaincre par la force de l'argumentation plutôt que par la passion. C'est cette exigence qui fonde la crédibilité de la doctrine juridique.
Dans un contexte où les débats institutionnels sont souvent très polarisés, je considère que la meilleure contribution qu'un universitaire puisse apporter est un travail indépendant, rigoureux et équilibré. Le droit a vocation à être un langage commun, capable de dépasser les clivages politiques pour offrir des repères objectifs. C'est dans cet esprit que j'ai conçu l'ensemble de mes ouvrages et, en particulier, ceux consacrés à la Constitution du 25 novembre 2010 et à la Charte de la Refondation du Niger.
À qui s'adressent vos ouvrages : les juristes, les étudiants, les décideurs publics ou plus largement tous les citoyens intéressés par l'avenir du Niger ?
Mes ouvrages s'adressent, en réalité, à plusieurs publics, chacun pouvant y trouver un intérêt selon ses besoins et ses attentes.
Ils sont naturellement destinés aux juristes — magistrats, avocats, notaires, enseignants-chercheurs et praticiens du droit — qui y trouveront des analyses approfondies, des références doctrinales et des outils utiles à leur pratique professionnelle.
Ils s'adressent également aux étudiants, car la qualité de la formation juridique dépend aussi de l'existence d'une doctrine nationale solide. J'ai toujours eu à cœur de rédiger des ouvrages à la fois exigeants sur le plan scientifique et accessibles sur le plan pédagogique, afin d'accompagner les étudiants dans leur compréhension du droit constitutionnel et des institutions nigériennes.
Mais je ne souhaite pas que ces livres soient réservés au seul monde juridique. Ils concernent aussi les décideurs publics, les responsables administratifs, les élus, les acteurs de la société civile, les journalistes et tous ceux qui participent, de près ou de loin, à la vie institutionnelle de notre pays. Une meilleure connaissance des règles qui organisent l'État favorise des décisions plus éclairées et renforce la qualité de la gouvernance.
Enfin, je pense que ces ouvrages s'adressent, plus largement, à tous les citoyens intéressés par l'avenir du Niger. Les questions constitutionnelles et institutionnelles ne sont pas l'affaire exclusive des spécialistes : elles concernent chaque citoyen, car elles déterminent l'organisation du pouvoir, la protection des droits et des libertés, ainsi que le fonctionnement de nos institutions.
Si mes livres peuvent contribuer à rendre ces questions plus accessibles, à nourrir le débat public et à développer une véritable culture constitutionnelle et juridique au Niger, j'aurai atteint l'objectif que je me suis fixé en les écrivant.
Selon vous, que manque-t-il encore à la production intellectuelle et juridique nigérienne, et quel rôle les chercheurs peuvent-ils jouer dans le débat public ?
La production intellectuelle et juridique nigérienne a connu des avancées remarquables ces dernières années, mais elle demeure encore insuffisamment développée au regard des défis institutionnels, économiques et sociaux auxquels notre pays est confronté. Nous avons besoin d'une doctrine nationale plus abondante, plus diversifiée et davantage ancrée dans nos réalités.
Pendant longtemps, les juristes nigériens ont été avant tout des praticiens du droit. Or un État de droit se construit aussi grâce à une doctrine forte, capable d'analyser les réformes, de proposer des solutions, de préserver la mémoire juridique de la Nation et d'accompagner les mutations institutionnelles. Il est essentiel que davantage d'universitaires, de magistrats, d'avocats et de chercheurs publient leurs travaux afin d'enrichir la pensée juridique nigérienne.
Au-delà de la quantité, il nous faut également renforcer la culture de la recherche, de la contradiction scientifique et du débat d'idées. Le progrès du droit naît de la confrontation argumentée des analyses, non de l'unanimité. Une doctrine vivante est une doctrine qui accepte la critique, nourrit la réflexion collective et contribue à l'amélioration de nos institutions.
Les chercheurs ont, à cet égard, une responsabilité particulière. Leur rôle n'est pas de se substituer aux acteurs politiques, mais d'éclairer leurs décisions par des analyses objectives, rigoureuses et indépendantes, fondées sur le droit, la recherche et l'expérience comparée plutôt que sur les passions ou les considérations partisanes.
Je pense également qu'il est temps de rendre le savoir juridique plus accessible. Les travaux universitaires ne doivent pas rester confinés aux bibliothèques ou aux amphithéâtres : ils doivent être diffusés, vulgarisés et mis à la disposition des citoyens, des décideurs, des journalistes et de la société civile. Une démocratie se renforce lorsque les citoyens comprennent les règles qui organisent les institutions et peuvent participer au débat public en connaissance de cause.
Enfin, je suis convaincu que la nouvelle génération de chercheurs nigériens a un rôle historique à jouer. Elle doit produire une doctrine exigeante, indépendante et tournée vers l'avenir, capable d'accompagner les grandes transformations du Niger. C'est à cette condition que la recherche juridique contribuera pleinement à la consolidation de l'État de droit, au renforcement des institutions et à l'émergence d'une véritable culture constitutionnelle dans notre pays.
Après ce nouvel ouvrage, quels sont vos prochains projets d'écriture ? Travaillez-vous déjà sur un nouveau livre ou sur un autre chantier de recherche ?
L'écriture est, pour moi, un travail permanent. La publication d'un ouvrage n'est jamais une fin en soi ; elle ouvre, au contraire, de nouvelles perspectives de recherche et de réflexion.
Depuis 2019, nous avons fondé au Niger le Centre d'Études et de Recherches en Droit Communautaire (CERDIC), que j'ai l'honneur de diriger. Ce centre développe des activités de recherche, de formation et de réflexion sur les grandes questions juridiques contemporaines, notamment celles liées au droit communautaire, au droit constitutionnel et à la gouvernance. Son ambition est de contribuer à l'émergence d'une doctrine juridique nigérienne dynamique, ouverte sur les évolutions régionales et internationales.
Par ailleurs, je viens d'être désigné membre du comité d'experts du Prix du meilleur écrit, organisé par la Société internationale de droit. J'y vois une marque de confiance, mais aussi une responsabilité supplémentaire dans la promotion de la recherche juridique et de l'excellence scientifique.
Mon principal projet est aujourd'hui de fédérer les chercheurs nigériens autour d'un ouvrage collectif consacré aux grandes questions de l'organisation de l'État, de la gouvernance, de l'État de droit et de la protection des droits fondamentaux. Les défis auxquels notre pays est confronté ne peuvent être appréhendés par une seule voix ; ils appellent une réflexion pluridisciplinaire et collective, réunissant universitaires, praticiens et chercheurs autour d'une œuvre commune.
En parallèle, je poursuis mes propres travaux de recherche. Plusieurs projets d'ouvrages sont déjà en préparation, toujours selon la même ligne directrice : analyser les mutations du droit public, accompagner les évolutions institutionnelles du Niger et contribuer à la production d'une doctrine nationale de référence.
Mon ambition dépasse, au fond, la seule publication de livres. Je souhaite contribuer à la structuration d'une véritable communauté scientifique juridique au Niger, capable de produire une pensée indépendante, rigoureuse et utile au débat public. Si mes travaux peuvent encourager d'autres chercheurs à publier, à débattre et à transmettre leur savoir, j'aurai le sentiment d'avoir apporté ma pierre à l'édifice.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune Nigérien qui rêve de devenir chercheur, avocat ou auteur d'ouvrages de référence ?
Je lui dirais d'abord de croire en la valeur du travail, de la persévérance et de la curiosité intellectuelle. Il n'existe pas de raccourci vers l'excellence. Que l'on aspire à devenir chercheur, avocat ou auteur, il faut accepter de consacrer du temps à l'étude, à la lecture et à la remise en question permanente de ses propres certitudes.
Le droit est une discipline exigeante : il demande de la rigueur, de la méthode et un profond sens de l'éthique. Un bon juriste ne se distingue pas seulement par ce qu'il sait, mais par sa capacité à rechercher la vérité, à construire un raisonnement solide et à mettre son savoir au service de la justice et de l'intérêt général.
J'encouragerais également les jeunes Nigériens à écrire. Nous avons besoin d'une nouvelle génération de chercheurs capables de produire une doctrine enracinée dans les réalités de notre pays. Il ne faut pas craindre de publier, d'exprimer ses idées, de participer au débat scientifique et de contribuer à la construction de la pensée juridique nationale. Ce sont les écrits qui traversent le temps et qui constituent la mémoire intellectuelle d'une Nation.
Je leur dirais aussi de ne pas se limiter aux frontières de leur discipline. Un bon juriste doit s'intéresser à l'histoire, à la science politique, à l'économie, à la sociologie et aux relations internationales. Le droit est au carrefour de toutes les sciences sociales ; c'est cette ouverture qui permet de mieux comprendre les enjeux contemporains et de proposer des solutions adaptées.
Enfin, je leur rappellerais que la réussite n'est pas une finalité, mais une responsabilité. Chaque connaissance acquise doit être mise au service de la société. Notre pays a besoin de femmes et d'hommes compétents, intègres et engagés, capables de transmettre leur savoir et de contribuer, chacun à son niveau, au renforcement de l'État de droit et au développement du Niger.
Si je devais résumer ce conseil en une phrase, ce serait celle-ci : n'ayez jamais peur de penser, d'apprendre et d'écrire, car les idées, lorsqu'elles sont fondées sur le savoir et portées par l'intégrité, ont le pouvoir de transformer durablement une société.
Si vous deviez résumer votre contribution intellectuelle au Niger en une seule phrase, laquelle choisiriez-vous ?
Si je devais résumer ma contribution intellectuelle au Niger en une seule phrase, je dirais :
« Par la recherche, la plaidoirie et l'écriture, j'ai voulu contribuer à bâtir une doctrine juridique nigérienne exigeante, accessible et indépendante, au service de l'État de droit, de la bonne gouvernance et des générations futures. »
C'est cette ambition qui relie, en définitive, toutes mes activités d'avocat, d'enseignant-chercheur et d'auteur : mettre le savoir juridique au service de la justice, des institutions et du développement du Niger, avec la conviction que les idées, rigoureusement construites et librement débattues, constituent un levier essentiel de progrès pour notre Nation.
Pour aller plus loin : les ouvrages de Maître Bachirou Amadou Adamou
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Réalisée par Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)

