Niger : le FSSP finance une usine de confection d’uniformes militaires à Niamey

Le Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP) a procédé à Niamey à la pose de la première pierre d’une unité industrielle de confection d’uniformes destinés aux Forces de défense et de sécurité (FDS). Un projet de près de 3,9 milliards de francs CFA, présenté comme une nouvelle étape vers la souveraineté nationale et une promesse de relance pour la filière coton, quelques jours après la présentation du bilan de la troisième année du Fonds.
Une cérémonie placée sous le signe de la souveraineté
Des tenues militaires conçues au Niger, confectionnées par des Nigériens et financées sur fonds propres : c’est la perspective ouverte par la cérémonie organisée à l’initiative du comité de gestion du FSSP. Présidée par le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le médecin colonel-major Garba Hakimi, représentant le Premier ministre, elle a réuni plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre d’État, ministre de la Défense nationale, le général Salifou Mody, ainsi que des responsables des Forces de défense et de sécurité, des représentants de la population civile, des leaders d’opinion et des leaders religieux.
Prenant la parole au nom du comité de gestion du Fonds, sa présidente, Réki Moussa Hassane Djermakoye, a d’emblée souligné la portée de l’événement :
« La cérémonie qui nous réunit n’est pas une simple cérémonie de pose d’une première pierre pour la construction d’une unité industrielle. Elle traduit et concrétise l’engagement du peuple nigérien à bâtir, par ses propres forces, le pilier inébranlable de sa souveraineté. »
Près de 3,9 milliards de FCFA mobilisés
Le coût global du projet est estimé à 3 893 442 000 francs CFA. Selon la présidente du comité de gestion, il « traduit la volonté des autorités et du peuple nigérien à créer toutes les conditions pour une souveraineté réelle du Niger ».
L’usine s’inscrit dans le programme général d’intervention du FSSP, plus précisément dans son sous-chapitre 2, consacré au financement des appuis et au renforcement des capacités opérationnelles des FDS, un axe jugé prioritaire dans le contexte sécuritaire actuel.
Vers l’autonomie logistique des forces armées
La future unité assurera la confection de tenues de combat, de tenues de service et d’autres articles textiles. L’objectif affiché est de renforcer l’autonomie logistique des militaires nigériens.
Pour Réki Moussa Hassane Djermakoye, les retombées dépasseront le seul cadre militaire :
« Il est incontestable que cette usine de confection de tenues pour nos FDS aura des répercussions positives dans la gestion de nos ressources financières et sur notre balance de paiements, tout en renforçant […] la capacité opérationnelle de nos forces armées. »
Le coton, levier de relance pour les producteurs
Au-delà de sa portée symbolique, la cérémonie a été présentée comme les prémices d’un engagement du président de la République, chef de l’État, en faveur de l’industrialisation du pays. Avec la mise en service de l’usine, les producteurs de zones cotonnières comme Gaya ou Madaoua pourraient voir renaître la culture du coton et améliorer substantiellement leurs conditions de vie.
Pour pérenniser cette dynamique, le gouvernement entend réhabiliter l’industrie textile nationale afin de garantir à la fois la continuité de la production cotonnière et l’approvisionnement de la nouvelle usine.
150 000 pièces par an et jusqu’à 400 emplois
Bâtie sur une superficie de 9 300 mètres carrés, l’unité aura une capacité de production annoncée de 150 000 pièces par an, soit environ 1 000 tenues par jour selon le FSSP. Elle devrait mobiliser entre 280 et 400 opérateurs nigériens, dans une logique revendiquée d’utilisation des compétences locales pour répondre aux besoins locaux.
Un maillon d’une stratégie d’industrie de défense
L’usine de tenues n’est pas un projet isolé. Elle s’ajoute à d’autres unités de production locale financées par le FSSP au profit des FDS : une usine de montage et de blindage de véhicules, ainsi que des ateliers de fabrication de gilets pare-balles et d’équipements du combattant.
Lors de la présentation du bilan de la troisième année du Fonds à la presse, le 11 octobre, la présidente du comité de gestion avait annoncé que la première pierre de l’usine de tenues serait posée dans la semaine, tout comme le lancement d’un projet d’insertion professionnelle de 1 000 jeunes.
Un Fonds qui consacre 94 % de ses ressources à la sécurité
Créé en octobre 2023 et régi depuis le 22 octobre 2025 par l’ordonnance n° 2025-35, le FSSP a mobilisé 38 422 287 807 francs CFA au cours de sa troisième année. Les contributions volontaires en représentent 5 %. Le reste provient principalement des prélèvements, passés de 11 à 22 par ordonnance, dont les plus importants sont ceux de 1 à 2 % sur le chiffre d’affaires des grandes entreprises (21 % des ressources) et de 1 % sur les salaires nets (18 %).
Sur le terrain, 11 410 comités de collecte ont été installés dans 92 % des communes, à la suite de l’appel lancé par le chef de l’État à Tillabéri. Chacun doit organiser au moins une journée de solidarité par mois.
Côté dépenses, 29 acquisitions majeures ont été réalisées pour un montant de 41,08 milliards de francs CFA : près de 350 véhicules, près de 5 000 motos, des armes et munitions, du matériel de transmission et d’autres équipements dont la nature n’a pas été rendue publique pour des raisons de sécurité.
Le Fonds finance également des projets de développement et d’emploi des jeunes. Dans la région de Diffa, deux projets lancés dès la première année, l’aménagement du site du CDA et la filière halieutique, ont permis de créer 2 026 emplois. Quant aux frais de fonctionnement, plafonnés par la loi à 3 % des ressources, ils se sont élevés à 371 millions de francs CFA, soit environ 0,9 % des ressources de l’an 3.
Au-delà des chiffres, ce projet porte un message simple : le Niger peut financer par lui-même ce dont il a besoin. Chaque franc investi dans cette usine provient des contributions et des prélèvements de solidarité consentis par les Nigériens. Ce sont aussi des Nigériens, et en premier lieu des jeunes, qui la feront tourner : entre 280 et 400 emplois directs sont annoncés, auxquels s’ajoutent les retombées attendues pour les producteurs de coton.
Pour une jeunesse en quête d’emplois et de perspectives, l’usine de confection, comme le programme d’insertion de 1 000 jeunes lancé cette semaine, ouvre une voie concrète vers l’autonomie.
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)

