Accéder au contenu principal

Carburant au Niger : le ministre du Pétrole dresse l'état des lieux devant le CCR

carburant au niger le ministre du petrole dresse letat des lieux devant le ccr
Auditionné lundi 5 octobre par le Conseil Consultatif de la Refondation, le ministre du Pétrole, M. Hamadou Tini, a dressé un état des lieux sans détour de la disponibilité et de l’approvisionnement en produits pétroliers au Niger. Constats, insuffisances et pistes de solution : il a défendu une sécurisation immédiate de l’approvisionnement pour faire du pétrole un véritable levier de développement.

Le ministre du Pétrole, M. Hamadou Tini, s’est présenté lundi 5 octobre 2026 devant le Conseil Consultatif de la Refondation (CCR), réuni en session extraordinaire à Niamey. Objet de son intervention : exposer aux Conseillers la situation réelle de la disponibilité et de l’approvisionnement des produits pétroliers dans le pays.
Dans un langage clair et accessible, le ministre a appuyé sa présentation sur des faits et des chiffres, permettant aux membres de l’institution de mesurer l’ampleur des défis auxquels le secteur est confronté.
Devant la plénière, dans l’après-midi, il a posé d’emblée un constat : « lorsqu’une économie reprend, elle consomme davantage d’énergie ».

« Ni cacher les difficultés, ni les dramatiser »
Le ministre a appelé à aborder la question de l’approvisionnement en hydrocarbures « avec responsabilité, avec calme et surtout avec transparence ». « Nous ne sommes pas réunis pour cacher les difficultés. Nous ne sommes pas réunis non plus pour les dramatiser », a-t-il déclaré, mais pour « comprendre ce qui a changé, comprendre ce que nous disent les chiffres, comprendre pourquoi certaines tensions apparaissent, comprendre pourquoi certaines habitudes de consommation ont changé, comprendre pourquoi notre système d’approvisionnement est aujourd’hui soumis à de nouvelles contraintes et surtout comprendre ce que nous devons faire pour que ces difficultés ne deviennent jamais une menace durable pour notre pays ».

« Le carburant est beaucoup plus qu’une marchandise »
Pour Hamadou Tini, parler de carburant revient à parler de « la capacité de notre pays à se déplacer, produire, transporter, irriguer, construire, commercer, éclairer et développer son économie ». Il l’a illustré par une image : « derrière un litre de gasoil, il y a le camion qui transporte nos céréales, il y a le cultivateur qui fait fonctionner sa motopompe, il y a le taxi qui transporte une mère à l’hôpital, il y a l’entreprise qui fait fonctionner ses machines, il y a la mine qui produit, il y a le chantier qui construit une route, un pont, une école ou un centre de santé, il y a aussi parfois l’électricité qui arrive dans nos maisons ».
L’approvisionnement en hydrocarbures n’est donc pas, selon lui, une simple question technique : il touche à l’économie, aux finances publiques, aux transports, à l’agriculture, à l’industrie, aux mines, à l’électricité, au commerce, aux collectivités, aux Forces de Défense et de Sécurité et, « au bout de la chaîne, chaque citoyen nigérien ».

Un prix bas, difficile à tenir dans la durée
Au cœur des débats figure une question centrale : le Niger peut-il garantir durablement l’approvisionnement en carburant de sa population tout en maintenant un prix à la pompe inférieur à celui pratiqué dans les pays limitrophes ?
L’équation apparaît difficile à tenir à moyen et long termes. Ce différentiel de prix, avantageux pour le consommateur nigérien, alimente aussi les sorties illicites de produits pétroliers vers les pays voisins — une problématique déjà inscrite à l’ordre du jour de la session. Dans ces conditions, la souveraineté économique du pays reste exposée à une tension permanente.

Du prix à la pompe au prix du mil
Le ministre a détaillé l’effet domino d’une pénurie ou d’une hausse du carburant : « Sans carburant, les camions ne roulent pas. Sans camions, les marchandises ne circulent pas. Sans circulation des marchandises, les marchés sont perturbés. Et lorsque le transport devient plus cher, le coût des marchandises augmente, c’est pourquoi le prix du carburant a une incidence sur le prix du riz, du mil, de l’oignon, du ciment, des matériaux de construction et de nombreux autres produits ». Le carburant, a-t-il résumé, est « au début et à la fin de presque toutes les chaînes économiques ».
Il a aussi établi un lien direct avec l’autre grand dossier de la session : « un manque de gasoil au mauvais moment peut donc compromettre une campagne agricole. C’est pourquoi la sécurité énergétique est aussi une composante de la sécurité alimentaire ». Le ministre a enfin rappelé que le carburant accompagne l’essor des activités minières et industrielles du pays, un enjeu d’autant plus important « dans un pays vaste comme le Niger ».

Nigelec : jusqu’à 636 000 litres de gasoil par jour
Pour illustrer le lien entre électricité et carburant, Hamadou Tini a cité le cas de la Nigelec, dont la consommation varie de 116 000 à 636 000 litres par jour selon les conditions de production, notamment la disponibilité de la ligne d’approvisionnement en provenance du Nigeria.
« Quand nous voulons davantage d’électricité produite localement par des moyens thermiques, nous devons prévoir davantage de gasoil. Le problème de l’électricité et celui du carburant sont donc directement liés », a-t-il expliqué, avant de conclure : « Derrière chaque litre de carburant se trouve une partie de la vie économique et sociale du pays ».

Constats, insuffisances et options
Face aux Conseillers, Hamadou Tini a présenté les données du secteur, relevé ses insuffisances et exposé les options envisagées pour que la ressource pétrolière devienne une richesse évidente et structurelle pour le pays.
Le ministre a résumé l’enjeu en une formule : « le pétrole ne sera véritablement nigérien que lorsqu’il améliorera durablement la vie des Nigériens ».

Sécuriser l’approvisionnement sans attendre
Pour mieux protéger le citoyen, la sécurisation de l’approvisionnement doit intervenir immédiatement. L’objectif affiché est de faire de cette ressource stratégique un levier de l’émergence économique du Niger.
Les échanges avec le ministre du Pétrole et le Directeur général de la SONIDEP doivent nourrir les avis et recommandations que le CCR formulera à l’issue de sa session extraordinaire, consacrée également à la campagne agricole et à la sécurité alimentaire.
La Rédaction - Nigerdiaspora.net

powered by social2s